DENOMBREMENT DE MEROUS DANS
LA REGION DE MARSA SHAGRA EN EGYPTE
(Novembre 2004)

Sébastien BLACHE et Céline MARSE
Longitude 181 Nature - Bio 26-07
12 rue de la fontaine 26 000 VALENCE - France
Photographies : Sébastien BLACHE


I- Introduction

Prédateurs, situés en haut de la chaîne alimentaire des récifs coralliens de Mer Rouge, les mérous sont de bons indicateurs de l’état de santé de ces habitats. En effet la présence de prédateurs, nombreux et âgés, signe la bonne santé d’un écosystème non exploité. Les prédateurs âgés sont les premiers à disparaître lorsque l’écosystème est exploité.
La plupart des mérous, et plus particulièrement ceux appartenant aux espèces de grandes tailles, font l’objet d’une exploitation par les pêcheurs professionnels, les amateurs de pêche à la ligne et de chasse sous-marine. Aussi, dans de nombreuses régions leur nombre a considérablement diminué au point que certaines espèces sont rares et menacées. La connaissance de la communauté de ces espèces constitue un indice de la pression anthropique sur les récifs coralliens.
Au mois de novembre 2004, une équipe de plongeurs du groupe bio 26-07 et de l’association Longitude 181 Nature est partie en Mer Rouge pour mener une mission de dénombrement des mérous. Le site d’étude se situe dans le sud de l’Egypte plus particulièrement dans la région de Marsa Shagra (25°20’N, 34°51’E) plus particulièrement sur les sites fréquentés par le centre de plongée Red Sea Diving Safari Centre Ambassadeur de la Charte Internationale du Plongeur Responsable de Longitude 181 Nature. Les objectifs de cette mission étaient de réaliser une première évaluation de l’état de santé de la communauté des mérous de cette région.


II - Matériels et méthodes

L’inventaire des mérous est basé sur une méthode d’échantillonnage à partir de comptages le long de transects. Les zones prospectées correspondent aux récifs coralliens fréquentés par le centre de plongée Red Sea Diving Safari localisé au village de Shagra. L’étude s’est déroulée entre le 21 et le 26 novembre 2004. L’ensemble des inventaires a été réalisé dans une eau de 27°C avec une visibilité supérieure à 10 mètres. Au total, 7 sites ont été prospectés. Il s’agit du récif sud de Marsa abu dabab, du récif nord de Marsa Egla, du récif nord de Marsa Mourin, des récifs nord et sud de Marsa Shagra, de la face sud du récif d’Elphineston et du récif sud de Shaab Samadaï (Fig. 1). Les données présentées ont été récoltées par Céline MARSE et Sébastien BLACHE.


 

1 : Marsa Mourin
2 : Marsa Abu Dabab
3 : récif nord de Marsa Shagra
4 : récif sud de Marsa Shagra
5 : Elphiston
6 : récif nord de Marsa Egla
7 : Saab Samadaï.

Figure 1. Localisation des sites de dénombrement de mérous prospectés dans la région de Marsa Shagra


La détermination des mérous, se fait in vivo en utilisant des plaquettes immergeables sur lesquelles figure les 24 espèces les plus susceptibles d’être rencontrées en plongées autonome
(Fig. 2), (Fig. 3) (Randall 1992, Lieske et Myers 1995, Randall 1995, Debelius 1998, Fishbase 2004).



Figure 2 & 3. Plaquette immergeable utilisée pour le comptage


Déroulement des comptages

Les recensements ont été fait de jour entre 6h30 et 16h00. Ils sont réalisés de part est d’autre d’une ligne imaginaire parallèle au récif corallien. Pour se faire, le plongeur se positionne et palme doucement à une profondeur qu’il gardera toute au long de sont inventaire. La profondeur des prospections étant comprise entre la surface et 20 mètres de profondeur. Chaque mérous présent dans une sphère de 4 mètres de rayon est comptabilisés en différenciant si possible par espèce les adultes des jeunes. Chaque comptage dur au minimum 20 minutes et peu aller jusqu’à 50 minutes. L’heure de début et de fin de comptage ainsi que la profondeur sont relevés. Chacun des 7 sites étudiés ont été dénombré entre 1 et 5 fois. En plus de ces éléments, nous avons comptabilisé les fils de pêches présent sur le transect en les classant dans 4 catégories : 0 = aucun : 1-5 = Peu : 6-20 = assez nombreux et plus de 20 = très nombreux.


Effort de prospection

Au total, sur les 7 sites visités, 17 comptages ont été réalisés pour une durée total de 508 minutes de prospection (Tab. 1).

Tableau 1. Effort de prospection par site:

 
Sites


Marsa Abu Dabab
Marsa Egla
Marsa Mourin
Marsa Shagra (récif nord)
Marsa Shagra (récif sud)
Elphinstone
Saab Samadaï
Total

Nombre de comptage


1
3
3
4
2
1
3

17
Durée total comptage
(en minute)
24
104
54
114
76
38
98

508
 


Analyse des données

L’abondance de chacune des espèces est calculée en divisant le nombre d’individu par la durée du transect en minute. Cette indice est calculé soit globalement en comptabilisant l’ensemble des plongées ainsi que le temps total de prospection soit par site en ne considérant que la première visite pour les sites prospectés plusieurs fois.


III - Résultats et discussion

3.1 - Richesse spécifique des mérous observés dans la région de Marsa Shagra

Au total, pour l’ensemble des 7 sites visités, 10 espèces appartenant à 5 genres de mérous ont été observées. Il s’agit d’Aethaloperca rogaa, de Cephalopholis argus, Cephalopholis hemistiktos, Cephalopholis miniata, Cephalopholis sexmaculata, d’Epinephelus fasciatus, Epinephelus tauvina, de Plectropomus areolatus, Plectropomus pessuliferus et de Variola louti (Fig.4).

L’ensemble des mérous recensés appartiennent à des espèces fréquentant les milieux récifaux. Ils évoluent généralement entre -1 et – 300 mètres de profondeurs. Huit de ces espèces sont largement distribuées dans l’océan indien et pacifique (Cephalopholis argus, Cephalopholis miniata, Cephalopholis sexmaculata, d’Epinephelus fasciatus, Epinephelus tauvina, Plectropomus areolatus et Variola louti). Plectropomus pessuliferus dont la répartition est également indo-pacifique est présent en Mer Rouge avec la sous-espèce marisburi. Aethaloperca rogaa a qu’en à lui une répartition Indo-Ouest Pacifique. Cephalopholis hemistiktos et de toute ces espèce celle dont l’aire de distribution est la plus restreinte. On la trouve uniquement dans les eaux de l’Océan Indien Occidental (Fishbase 2005).

Figure 4. Variola louti le long du récif de Marsa Mourin


3.2 - Abondance de chacune des espèces recensées

Des 10 espèces recensées, deux sont particulièrement abondantes. Il s’agit de Cephalopholis miniata et C. hemistiktos et de moindre façon de C. argus. Vient ensuite un second groupe beaucoup moins abondant comprenant de Variola louti, Epinephelus fasciatus, E. tauvina et Aethaloperca rogaa. Enfin trois espèces sont peu communes. Il s’agit de C. sexmaculata, Plectropomus pessuliferus et P. areolatus (Fig. 5).

Figure 5. Abondance de chacune des espèces recensées sur l’ensemble des sites visités dans la région de Marsa Shagra.


3.3 - Richesse spécifique pour chacun des 7 sites

De l’ensemble des sites prospectés, en une seule visite, le récif nord et sud de Marsa Shagra est celui où le plus grand nombre d’espèce de mérous ont été recensé. A l’opposé Elphistone et Marsa Egla sont les sites ou la richesse est la plus faible (Tab. 2). Cephalopholis hemistiktos, C. miniata, Variola louti, Aethaloperca rogaa et C. argus apparaissent comme largement distribué sur les sites visité. A l’opposer, C. sexmaculata, Epinephelus fasciatus, E. tauvina, Plectropomus areolatus et P. pessuliferus semblent beaucoup plus rares (Tab.2). Ces résultats doivent être considérée comme préliminaire. En effet, l’effort de prospection n’étant pas identique pour chacun des sites, certaine zone d’étude apparaissent comme sous échantillonnées.


Tableau 2. Nombre d’espèces recensées lors de la première visite sur l’ensemble des 7 sites visités
(MASHN : récif nord de Marsa Shagra, MASHS : récif sud de Marsa Shagra, MAMOU : Marsa Mourin,
SASAM
 : Saab Samadaï, MADAB : Marsa Abu Dabab, ELPHI : Elphiston, MAEGN: récif nord de Marsa Egla).

Nom espèce


Cephalopholis hemistiktos
Cephalopholis miniata
Variola louti
Aethaloperca rogaa
Cephalopholis argus
Cephalopholis sexmaculata
Epinephelus fasciatus
Epinephelus tauvina
Plectropomus areolatus
Plectropomus pessuliferus


Total richesse

MASHN
1
1

1
1
1

1
1


7
MASHS

1
1
1
1
1

1




6
MAMOU

1
1
1
1
1






5
SASAM

1
1
1

1




1
5
MADAB

1
1
1
1







4
ELPHI

1
1
1







3
MAEGL

1

1

1






3
Total

6
6
6
5
5
1
1
1
1
1


3.4 - Abondance par espèces sur chacun des sites visités


- Cephalopholis hemistiktos

L’espèce a été relevée sur 6 des 7 sites avec une abondance la plus élevée sur le récif sud de Marsa Shagra. A l’opposé, ce mérou n’a pas été observé sur le site d’Elphinstone (Fig. 6).


- Cephalopholis miniata

Si Cephalopholis miniata est présent sur la plupart des sites à l’exception du récif nord de Marsa Egla où il n’a pas été contacté, l’espèce apparaît comme très abondant sur le récif d’Elphistone. Il a été estimé environ 9 fois plus abondant que pour chacun des autres sites étudiés (Fig. 6).

- Cephalopholis argus

Ce mérou est présent sur 5 des 7 sites. Il apparaît par ordre décroissant plus abondant sur le récif nord de Marsa Shagra, à Marsa Mourin ainsi que sur le récif nord de Marsa Egla.


- Variola louti

Variola louti a été dénombré sur 6 des 7 sites étudiés. Il a été dénombré le plus abondant sur le site d’Elphinstone, sur le récif nord de Marsa Egla ainsi qu’au récif sud de Marsa Shagra.

- Aethaloperca rogaa

L’espèce est présente sur 5 des 7 sites visités. Elle semble la plus abondante sur le site de
Marsa Abu Dabab.

- Autres espèces

Epinephelus fasciatus n’a été dénombré que sur un des 7 sites : le récif sud de Marsa Shagra avec une abondance de 0,18. Epinephelus tauvina, Plectropomus areolatus et P. pessuliferus ont été dénombrés sur
un seul site avec une abondance très faible puisque pour chacune de ces espèces, un seul individu a été comptabilisé.

Figure 6 : Abondance des 5 espèces les plus abondantes sur 7 sites
(ELPHI : Elphiston, MADAB : Marsa Abu Dabab, MAEGN : récif nord de Marsa Egla,
MAMOU : Marsa Mourin, MASHN : récif nord de Marsa Shagra,
MASHS : récif sud de Marsa Shagra et SASAM : Saab Samadaï,).



3.5 - Impact de la pêche à la ligne sur l’abondance est la structure des populations de
Variola louti

Sur l’ensemble des espèces observées, seul pour Variola louti nous avons été capable visuellement de différencier des adultes des jeunes. Nos résultats semble montrer que la pêche à la ligne a un impact sur l’abondance et la structure d’age de cette espèce. En effet, sur les sites où aucun fil de pêche n’a été observé, nous avons dénombré uniquement des adultes. En revanche sur ceux où de nombreux fils étaient présent, seul des jeunes ont été comptabilisés avec semble t’il une abondance plus faible lorsque le nombre de fils été le plus important (Fig. 7).

Figure 7. Abondance des mérous Variola louti sur l’ensemble des sites visités en fonction de leurs catégories d’age et de la présence de fils de pêche.


IV– Conclusion et perspectives

Ce travail constitue un préambule à la connaissance des mérous de la région de Marsa Shagra en Egypte. Nous en percevons les limites méthodologiques.
Au total, 10 des 24 espèces présentent en Mer rouge ont été observées. De toutes les espèces recensées Cephalopholis miniata et Cephalopholis hemistiktos sont les plus abondantes. Les espèces de grandes tailles semblent être rare. Seule Plectropomus pessuliferus et Plectropomus. areolatus ont étaient observées avec pour chacune des espèces un seul individu. Nos inventaire révèlent également une distribution est une abondance diffèrent des espèces selon les sites. Il semble que la pêche à la ligne ait un impact sur l’abondance et la structure d’age de Variola louti avec pour les sites les plus pêchés une absence d’adultes.

Il est nécessaire de valider ces premiers résultats par de nouveaux comptages standardisés qui pourraient constitué le point de départ d’un observatoire de l’évolution des populations de mérous des sites de plongées du centre de plongées Red Sea Diving Safari.

A long terme, le dénombrement des populations de prédateurs constitue un outil efficace pour l’évaluation de l’état de santé des sites de plongée pratiqués par les centres ambassadeur

Bibliographie

DEBELIUS , E. (1998). Guide du récif corallien. Mer Rouge. Egypte. Israël. Jordanie. Soudan. Arabie Saoudite. Yémen. PLB édition. 321p.

http://fishbase.org

LIESKE, E. et MYERS, R.-F. (1995). Guide des poissons des récifs coralliens. Région Caraïbe, océan Indien, océan Pacifique, mer Rouge. Adaptation française BOUCHON-NAVARO. Y. Delachaux et Niestelé. 400p.

RANDALL, J.-E. (1983). Red Sea reef fishes, Immel Publishing London. 192p.

RANDALL, J.-E. (1995). The complete divers’s & fishermen’s guide to coasp.tal fishes of Oman. Crawford house publishing Bathurst, Australia. 439


Sébastien BLACHE et Céline MARSE
Longitude 181 Nature - Bio 26-07