© F. Bassemayousse
La Commission Baleinière Internationale
La Commission Baleinière Internationale (CBI) a été créée par la Convention de Washington (1946). Elle était à l’origine destinée à assurer « la conservation judicieuse de l’espèce baleinière et, partant, de rendre possible le développement ordonné de l’industrie baleinière ». Au fil des décennies, cependant, la CBI s’est progressivement donné pour mission la conservation des baleines.


Depuis quelques années, elle connaît une grave crise due notamment :

- à un texte fondateur souple, qui permet à ses membres de contourner ses décisions, y compris les plus importantes, telles
que le moratoire sur la chasse commerciale de 1982 (par le droit d’objection, ou par le droit à la chasse scientifique) ;

- à une diplomatie active du Japon qui vise à élargir le camp des
« pays chasseurs » et à obtenir la majorité simple. Jusqu’en 2005, cette majorité était détenue (à quelques voix près) par le camp des protecteurs dont la France fait partie. En juin 2006, pour la première fois depuis l’entrée en vigueur du moratoire, les pays favorables à la reprise de la chasse ont obtenu la majorité à 1 voix

     

A quoi sert la CBI ?

La CBI a notamment pour rôle de :
- protéger totalement certaines espèces (baleine bleue, baleine à bosse) ;
- désigner des sanctuaires pour les baleines ;
- limiter le nombre et la taille des baleines pouvant être chassées (hors moratoire) ;
- interdire la capture de baleineaux et de femelles accompagnées de baleineaux,
- fixer les saisons d’ouverture et de fermeture des campagnes de chasse et d'élimiter les territoires de chasse ;

Par ailleurs, la Commission stimule, coordonne et subventionne la recherche sur les baleines. Elle publie des données et des études scientifiques, elle encourage la recherche sur des questions parallèles, telles que les méthodes de capture non cruelles.
Le Comité scientifique de la CBI élabore un "état des lieux" général des populations de baleines et entreprend une enquête sur les répercussions du réchauffement climatique et de la pollution sur les cétacés.


Comment fonctionne-t-elle ?

La CBI compte 66 pays en 2006, dont 17 Etats membres de l’Union européenne. La France en fait partie depuis l’origine.

La CBI se réunit chaque année dans un des Etats parties : en 2005 à Ulsan en Corée, en 2006 (du 16 au 20 juin) à Saint-Christophe-et-Niévès, îles des Caraïbes proche de la Guadeloupe, et en 2007 en Alaska (Etats-Unis).

Les décisions de la CBI sont préparées par des comités (scientifique, de conservation), sous-comités
(chasse aborigène, infractions), et ateliers. Elles sont prises ensuite en session plénière, par consensus
ou à la majorité simple, chaque pays étant représenté par un commissaire baleinier disposant d’une voix.
Une majorité des 3/4 est requise pour modifier la Convention et son annexe.


   
                     

© F. Bassemayousse

Le moratoire de 1982.

En 1982, les populations de la plupart des espèces de baleines avaient été réduites de plus de 80% par la chasse industrielle. Face à la menace d’extinction de certaines espèces, la CBI a interdit provisoirement l’exploitation commerciale des grands cétacés par un moratoire. Elle a toutefois autorisé la chasse à des fins scientifiques ainsi que la chasse aborigène de subsistance au Danemark (Groënland), en Russie (Sibérie), à Saint-Vincent et les Grenadines (Caraïbes), et aux Etats-Unis d’Amérique (Alaska), selon des quotas précis.

Le moratoire est appliqué depuis 1986. Il est toujours en vigueur.

Il prévoyait également de dresser, à partir de 1990, un bilan de l’impact de cette mesure sur les populations de cétacés et d’envisager des modifications quant au rétablissement des quotas de chasse pour certaines espèces, en cas de reprise de la chasse commerciale.

Photos F. Bassemayousse et J. Sarano
Texte Véronique Sarano
 
 
Les enjeux de la prochaine réunion de la CBI
en 2007.

Il existe actuellement deux groupes au sein de la Commission Baleinière Internationale :
- les pays qui considèrent que les stocks ont eu suffisamment de temps pour se reconstituer et qui veulent la reprise de la chasse commerciale (camp des chasseurs),
- et les pays, arguant du principe de précaution, qui soulignent qu’en l’état actuel de la science, trop d’incertitudes planent encore sur les estimations de population de cétacés (pays dits protecteurs) : France, Royaume-Uni, Allemagne, Afrique du Sud, Australie, Brésil, Etats-Unis, Nouvelle-Zélande...

 

Jusqu’en 2005, la position des protecteurs a prévalu, mais la dernière session de la CBI dans les Caraïbes, en juin 2006, a vu les pays favorables à la chasse des grands cétacés, menés et activement mobilisés par le Japon, imposer leurs vues en remportant la majorité simple, pour la première fois depuis plusieurs décennies.
Ils ont ainsi voté, par 33 voix contre 32, une résolution selon laquelle le moratoire sur la chasse ne serait
« plus nécessaire ».


La majorité simple ne suffit certes pas à lever le moratoire en vigueur depuis 1986, mais elle permet de modifier l’ordre du jour (notamment, de supprimer les points liés à la conservation des baleines) et de mettre fin au Comité de conservation. Pour lever le moratoire, il faudra que les pays pro-chasse obtiennent une majorité des 2/3 au sein de la CBI.

Le Japon espère bien acheter d'autres pays pour obtenir cette majorité lors de la prochaine réunion en 2007...

 

Quelques précisions :

- Pourquoi existe-t-il une chasse scientifique ?- A quoi correspondent les objections ?
- Les baleines mangent-elles les poissons recherchés par l’homme ?- Qu’est-ce que le Comité de conservation ?



- Pourquoi existe-t-il une chasse scientifique ?

L’autorisation de chasse scientifique a été promulguée il y a des décennies, lorsque la recherche se faisait essentiellement sur des individus capturés.
Depuis, les méthodes d’investigations ont bien changé, elles peuvent être effectuées sur des baleines vivantes : cette clause n’a plus d’objet.

Aussi, en janvier 2006, 17 pays, dont la France, ont effectué une démarche de protestation auprès des autorités japonaises qui ont annoncé une nouvelle campagne de chasse, dite scientifique, qui doublerait le nombre de prises autorisées (plus de 1400 par an) et inclurait, pour la première fois, des espèces classées comme vulnérables par l’UICN : la baleine à bosse et le rorqual commun.


- A quoi correspondent les objections ?

La Convention de Washington permet aux Etats membres de poser des objections à toute décision prise par la Commission Baleinière Internationale, à condition que cette objection soit déposée à temps. 2 pays se sont servis de ce droit :
- La Norvège a formulé une objection au moratoire de 1982. Elle est donc le seul pays à chasser à des fins commerciales depuis 1993, et a fait récemment connaître ses intentions d’augmenter ses quotas de chasse.
- Le Japon, lui, a formulé une objection à la création des sanctuaires marins. Il pratique donc la chasse à des fins scientifiques en Antarctique.

Les « pays protecteurs » souhaitent que le droit d’objection soit supprimé.


- Les baleines mangent-elles les poissons recherchés par l’homme ?

Certains pays chasseurs font valoir que le moratoire sur la chasse à des fins commerciales a un effet nuisible sur les stocks de poissons péchés dans la mesure où les baleines mangeraient de larges quantités de poissons d’intérêt commercial (soi-disant 5 fois plus que les industries de la pêche n’en prélèvent).

Cet argument est totalement infondé. D’une part, une partie des baleines, les baleines à fanons (rorqual, baleine bleue, baleine à bosse…) se nourrissent essentiellement de plancton et de petites crevettes (krill). D’autre part, cette théorie ne tient pas compte des multiples interactions entre les différentes espèces et de la complexité des chaînes alimentaires, Ainsi, certains poissons sont la proie d’autres prédateurs (tels que les calmars) qui sont, à leur tour, mangés par les baleines. En éliminant les baleines, on augmente les populations de ces prédateurs qui entrent en concurrence avec l’homme. De plus, les principales régions dans lesquelles les baleines se nourrissent (la zone Antarctique notamment) ne correspondent pas aux régions exploitées par les pêcheurs. Enfin, la plupart des poissons mangés par les baleines n’ont pas de valeur commerciale, les baleines ne prélèvent donc pas sur les stocks pêchés

En fait, cet argument occulte la principale raison de la chute des stocks de poissons : la surexploitation par l’industrie de la pêche.


- Qu’est-ce que le Comité de conservation ?

Depuis le moratoire de 1982, la disparition de certaines espèces a été évitée. Mais d’autres dangers guettent les cétacés : pollutions, trafic maritime, bruits sous-marins, captures accidentelles, changement climatique.... Pour prendre en considération ces risques, la CBI a créé en 2003 le Comité de conservation.